Le dimanche occupe une place particulière dans nos vies. Il ne s’agit pas d’un jour comme les autres, mais d’un moment à part dans la semaine. Associé à la fermeture hebdomadaire obligatoire, c’est un temps pour souffler, pour se retrouver en famille, pour voir ses proches, partager un repas, pouvoir faire ses loisirs ou simplement prendre du temps pour soi. Dans une société où le rythme de vie s’accélère sans cesse et où le travail prend une place de plus en plus importante, le dimanche reste l’un des derniers espaces de respiration collective.
Défendre le dimanche, c’est défendre un équilibre de vie. C’est refuser une société dans laquelle tout serait marchand, tout le temps.
Généraliser le travail du dimanche, c’est poser à nouveau la question de sa nécessité : est-ce que l’ouverture du dimanche et le travail qui y est lié sont nécessaires à notre vie de client ou est-ce que cela répond à des envies. Si la réponse est qu’il n’est pas nécessaire, pourquoi doit-on détricoter la vie des travailleurs du commerce pour rendre celle des consommateurs plus « fun » ? La question au client : et vous travailleriez-vous le dimanche si vous n’étiez pas nécessaire le dimanche, comme dans les soins de santé, notamment ?
Une pression croissante dans le commerce
Aujourd’hui, cet équilibre est de plus en plus menacé. Dans le secteur du Commerce, la pression pour ouvrir les magasins tous les dimanches ne cesse d’augmenter. Cette évolution s’explique notamment par la multiplication des franchises dans de grandes enseignes comme Delhaize ou Mestdagh et des champs de compétence de commissions paritaires de moins en moins en lien avec la réalité. Ces transformations ont entraîné une ouverture généralisée le dimanche, souvent à moindre coût, avec un recours massif aux étudiants et aux flexi-jobs. C’est ce qu’on appelle de l’ingénierie anti-sociale.
Dans le même temps, les règles existantes sont régulièrement contournées. Les horaires d’ouverture dépassent les limites légales, le repos hebdomadaire n’est pas toujours respecté et les contrôles restent insuffisants. Cette situation crée une concurrence déséquilibrée et exerce une pression croissante sur l’ensemble du secteur.
Travailler le dimanche : des conséquences bien réelles
Certains employeurs avancent que l’ouverture du dimanche est nécessaire pour rester compétitif. Mais cette vision occulte les conséquences réelles pour les travailleurs. Travailler le dimanche, ce n’est pas anodin. C’est renoncer à un moment partagé avec l’ensemble de la société. Lorsque chacun travaille à des moments différents, la vie familiale et sociale se fragilise. Les temps communs disparaissent et l’isolement peut s’accentuer.
Le dimanche devient alors un jour comme les autres. Et une fois cette banalisation installée, il devient très difficile de revenir en arrière.
Une dégradation des conditions de travail
La généralisation du travail du dimanche, couplée à des champs de compétences des commissions paritaires dépassés, entraîne également une dégradation des conditions de travail. Elle favorise une grande flexibilité, renforce la précarité à travers le recours aux statuts les moins protégés et exerce une pression à la baisse sur les salaires et les droits. Ce qui est présenté comme une liberté devient en réalité une contrainte. Si un magasin ouvre, les travailleurs n’ont souvent d’autre choix que de suivre.
Une législation déjà flexible
Il est important de rappeler que le travail du dimanche est déjà largement encadré et autorisé dans de nombreux cas. Il est possible de travailler le dimanche matin dans le commerce de détail, certains secteurs bénéficient de dérogations permanentes, et jusqu’à six dimanches complets par an peuvent être prestés dans des circonstances spécifiques. Des régimes particuliers existent également dans les zones touristiques. Le problème n’est donc pas un manque de flexibilité, mais la volonté d’aller toujours plus loin. Quand cela s’arrête-t-il ?
Une position claire
Au SETCa, nous sommes opposés à la généralisation du travail du dimanche. Cette position relève d’une vision de société. Nous défendons une organisation du travail qui respecte la vie privée, qui garantit de bonnes conditions de travail et qui ne réduit pas les travailleurs à de simples variables d’ajustement.
Les règles doivent être respectées, le repos hebdomadaire doit être maintenu et toute évolution doit passer par la concertation sociale, en premier lieu au niveau sectoriel. La question de l’harmonisation des commissions paritaires et de l’évolution du secteur est fondamentale en termes de concertation sociale. Ces questions doivent être discutées collectivement, entre partenaires sociaux, et non imposées unilatéralement par les employeurs.
Un véritable choix de société
La vraie question est celle du modèle de société que nous souhaitons. Voulons-nous d’une société ouverte en permanence, où le travail occupe tous les espaces de vie, ou d’une société où il est encore possible de s’arrêter, de se retrouver et de préserver des temps communs ?
Le dimanche n’est pas un luxe. C’est un repère collectif, un droit social. Le remettre en cause, ce n’est pas seulement modifier des horaires d’ouverture, c’est transformer en profondeur notre manière de vivre ensemble.
Le dimanche nous appartient. Il doit le rester.
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