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Pas touche à l’index !

06/07/2026 | FR / NL

Le gouvernement fédéral a mis en place un plafonnement de l’index (appelé par le gouvernement « centenindex ») qui est en réalité un saut d’index partiel. Pour les travailleurs qui gagnent moins de € 4.000 bruts pour un emploi à plein temps, rien ne change. Vous gagnez plus ? Votre salaire sera toujours indexé, mais avec un plafond. Dans la pratique, la partie au-delà de € 4.000 ne sera pas indexée. Ce n'est pas seulement mauvais pour votre portefeuille, ça l’est aussi pour la sécurité sociale et les finances publiques, qui passent ainsi à côté de recettes. De plus, les pertes s'accumulent tout au long de votre carrière. Pourtant, les partenaires sociaux avaient élaboré une alternative socialement plus juste, que le Gouvernement a tout simplement rejetée. Pour comprendre pourquoi l’indexation automatique est si importante – et pourquoi le SETCa s’oppose à toute intervention –, revenons aux bases.

L'index, c’est quoi ? 

Lorsque les prix dans les magasins évoluent, nos salaires évoluent eux aussi. C’est ce que nous appelons l’indexation automatique. L’indexation des salaires et des allocations sociales protège notre pouvoir d’achat. Il s’agit en fait d’un ajustement (certes a posteriori) à l’inflation. Ainsi, le montant que vous recevez chaque mois sur votre compte vous permet de continuer à acheter à peu près la même chose. Les prix des biens et des services augmentent ? Il en va alors de même des salaires et des allocations. Mais attention ! L’index n’est pas un cadeau, il n’est que le reflet du coût de la vie. C’est un système de rattrapage qui évite le décrochage de votre pouvoir d’achat par rapport à l’évolution de ce coût. C’est une réalisation importante des syndicats, sur laquelle chacun peut compter. Le système bénéficie de la confiance générale notamment parce que les différents systèmes sont basés sur des conventions collectives portées conjointement par les patrons et syndicats.

Il existe différents systèmes d’indexation, qui varient d’un secteur à l’autre. Le salaire d’un travailleur du commerce est, par exemple, indexé à un autre moment et selon d’autres principes que celui d’un travailleur des banques ou de la logistique. Quant aux travailleurs du secteur public, leur salaire est adapté à un autre moment encore. Les allocations (par exemple : une pension) sont indexées chaque fois que l’indice-pivot est dépassé de 2%. 

Deux systèmes d’indexation différents

Il y a deux grands types de systèmes :

  1. Soit un système d’indexation à date fixe : à date fixe donc, les salaires sont indexés du pourcentage d’évolution de l’indice-santé lissé entre les deux dates. Dans de nombreux secteurs, ces systèmes sont annuels avec une indexation par exemple au 1er janvier de chaque année et l’on compare l’évolution de l’indice-santé lissé de novembre ou décembre de l’année X (2025) avec l’évolution de l’indice-santé de novembre ou décembre de l’année X-1 (2024). Citons par exemple la CP 200, où les salaires ont été indexés de 2,21% au 1er janvier 2026. D’autres systèmes prévoient des indexations tous les deux mois par exemple. 
  2. Soit un système d’indexation sur la base d’un indice-pivot. Chaque secteur a déterminé des indices-pivots qui varient selon un certain pourcentage, la plupart du temps 2%. Ainsi, lorsque l’indice-pivot du secteur est dépassé par l’indice-santé lissé, les salaires sont indexés de 2% le mois qui suit ou deux mois plus tard, comme c’est le cas par exemple pour l’ensemble du secteur non-marchand. Des systèmes plus avantageux existent, comme pour la CP 202 (commerce de détail alimentaire), où les indices-pivots sont espacés d’1%, ce qui a comme conséquence une indexation plus rapide des salaires par tranche d’1%. Ainsi en 2025, les salaires ont été indexés d’1% en février et en avril.
    Ce mélange de systèmes implique que tous les salaires ne sont pas indexés au même moment. 

Un impact qui dépasse les seuls salaires

Le centenindex ne se limite pas à une perte de revenus pour les travailleurs concernés. En plafonnant l'indexation des salaires, il réduit également les cotisations sociales et les recettes fiscales qui financent notre sécurité sociale et nos services publics.

L'indexation automatique n'a jamais eu pour objectif de redistribuer les richesses. Elle permet de préserver le pouvoir d'achat face à l'augmentation du coût de la vie, tout en garantissant un financement adapté de notre modèle social. Plus les salaires évoluent, plus ils contribuent au financement des pensions, des soins de santé, du chômage ou encore des allocations familiales.

Le centenindex affaiblit donc un mécanisme qui profite à l'ensemble de la société. Les économies réalisées aujourd'hui risquent de se traduire demain par un manque à gagner pour notre sécurité sociale ou par de nouvelles mesures d'austérité.

Le plafonnement de l’index (« centenindex ») 

La mesure du Gouvernement consiste à ne plus indexer la partie de votre salaire qui dépasse € 4.000 bruts.

Imaginons : l'indexation est de 2% et vous gagnez € 3.500. Votre salaire augmentera de € 70 bruts. Il n’y a donc pas de changement. 

Si vous gagnez € 5.485 bruts, votre salaire devrait augmenter de € 109,7, mais avec le centenindex, vous ne recevrez que € 80. Vous perdrez donc € 29,7 bruts. 

Cette mesure s'applique à tout le monde. Vous travaillez à mi-temps ? Le calcul se fait alors au prorata. De leur côté, les bénéficiaires d’une allocation, comme une pension, ne bénéficient plus de l’indexation au-delà de € 2.000. 

La limitation s’applique en outre deux fois : à partir du 1er juin 2026 et à partir de janvier 2028. Environ la moitié des travailleurs belges gagnent plus de € 4.000 bruts et sont touchés par cette mesure. C’est donc deux fois 2% d’indexation qui se feront sur des salaires plafonnés. Pour certaines commissions paritaires, qui indexent par exemple tous les deux mois, il s’agira d’un vrai calcul complexe pour arriver au deux fois 2% dans les faits. Quand il s’agit d’un index pivot de 2%, c’est facilement lisible puisque votre indexation sera plafonnée deux fois. Là où quand l’indexation a lieu tous les deux mois, il y aura peut-être plus de cinq ou six opérations de plafonnement pour arriver à un résultat comparable.

Une perte que vous continuerez à ressentir 

Toute intervention sur l’index a des effets sur l’ensemble de votre carrière. En effet, chaque perte signifie que, lors d’une indexation ultérieure, c’est un salaire plus bas qui sera indexé, ce qui limite d’autant la hausse de votre rémunération. Cet effet boule de neige fait qu’un montant apparemment modeste peut, finalement, atteindre le prix d’une voiture. 

Exemples concrets du saut index partiel en 2026 et de la perte pour les travailleurs

Les exemples ci-dessous illustrent concrètement les effets du premier saut d’index partiel de 2026. Ils montrent que, selon le secteur et le système d’indexation, les pertes diffèrent, même pour un salaire identique. 

Comme expliqué dans le point 2, il n’existe pas une seule forme d’indexation. Dans le secteur privé, les modalités et les moments d’indexation varient d’un secteur à un autre.

1er exemple Commission Paritaire (CP) 311 

Un salaire de € 3.000 bruts et un salaire de €5.000 bruts avec une indexation de 2 %, appliquée au moment où l’indice pivot du secteur est atteint. D’après les dernières prévisions du bureau du plan, il est prévu une indexation de 2 % en juillet 2026.

Indexation normaleSaut d'index partiel
Salaire brut/temps pleinIndexation normaleSalaire brutSaut d'index partielPerte pour le travailleur/mois
€ 3.000€ 60 (3.000 * 2%)€ 3.000€ 60 (3.000 * 2%)€ 0
€ 5.000€ 100 (5.000 * 2%)€ 5.000€ 80 (4.000 * 2%)€ 20

On peut donc voir qu’avec ce plafonnement de l’indexation, un salaire de € 5000 bruts perdra 20€/ mois à la prochaine indexation en juillet 2026. 

2ème exemple CP 202.00

Un salaire de € 3.000 bruts et un salaire de € 5.000 bruts avec une indexation de 1 % appliquée au moment où l’indice pivot du secteur est atteint. D’après les dernières prévisions du bureau du plan, il est prévu une indexation de 1 % en juillet 2026 et de 1% en octobre 2026.

1ère indexation (1 % en juillet 2026)

Indexation normaleSaut d'index partiel
Salaire brut/temps pleinIndexation normaleSalaire brutSaut d'index partielPerte pour le travailleur/mois
€ 3.000€ 30 (3.000 * 1%)€ 3.000€ 30 (3.000 * 1%)€ 0
€ 5.000€ 50 (5.000 * 1%)€ 5.000€ 40 (4.000 * 1%)€ 10

2e indexation (1% en octobre 2026)

Indexation normaleSaut d'index partiel
Salaire brut/temps pleinIndexation normaleSalaire brutSaut d'index partielPerte pour le travailleur/mois
€ 3.030€ 30,30 (3.030 * 1%)€ 3.030€ 30,30 (3.030 * 1 %)€ 0
€ 5.050€ 50,50 (5.050 * 1 %)€ 5.040€ 40 (4.000 * 1 %)€ 10,5

3ème exemple CP 200

Un salaire de € 5.000 bruts et un salaire de €10.000 bruts avec une indexation chaque 1er janvier. D’après les dernières prévisions du bureau du plan une indexation de 4,05 % est prévue en janvier 2027)

Indexation normaleSaut d'index partiel
Salaire brut/temps pleinIndexation normaleSalaire brutSaut d'index partielPerte pour le travailleur/mois
€ 5.000€ 202,5 (5.000 * 4,05%)€ 5.000€ 182,5 (4.000 * 2%) 
+ (5.000 * 2,05%)
€ 20
€ 10.000€ 405 (10.000 * 4,05%)€ 10.000€ 285 (4.000 * 2%)
+ (10.000 * 2,05%)
€ 120

4ème exemple CP 310

Un salaire de € 5.000 bruts et un salaire de de €10.000 bruts avec une indexation tous les deux mois. D’après les dernières prévisions du bureau du plan, il est prévu une indexation de 0,64 % en juillet 2026, 0,72 % en septembre 2026, 0,51 % en novembre 2026 et 0,67 % en janvier 2027. La barrière du saut d’index de 2 % sera donc atteinte en janvier 2027 avec 2,54 % au total.

1ère indexation (0,64 % en juillet 2026)

Indexation normaleSaut d'index partiel
Salaire brut/temps pleinIndexation normaleSalaire brutSaut d'index partielPerte pour le travailleur/mois
€ 5.000€ 32,00 (5.000 * 0,64%)€ 5.000€ 25,60 (4.000 * 0,64%)€ 6,40
€ 10.000€ 64,00 (10.000 * 0,64%)€ 10.000€ 25,60 (4.000 * 0,64%)€ 38,40

2ème indexation (0,72 % en septembre 2026)

Indexation normaleSaut d'index partiel
Salaire brut/temps pleinIndexation normaleSalaire brutSaut d'index partielPerte pour le travailleur/mois
€ 5.032€ 36,23 (5.032,00 * 0,72 %)€ 5.025,60€ 28,80 (4.000 * 0,72%)€ 7,43
€ 10.064€ 72,46 (10.064 * 0,72%)€ 10.025,60€ 28,80 (4.000 * 0,72%)€ 43,66

3ème indexation (0,51 % en novembre 2026)

Indexation normaleSaut d'index partiel
Salaire brut/temps pleinIndexation normaleSalaire brutSaut d'index partielPerte pour le travailleur/mois
€ 5.068,23€ 25,85 (5.068,23 * 0,51%)€ 5.054,40€ 20,40 (4.000 * 0,51%)€ 5,45
€ 10.136,46€ 51,70 (10.136,46 * 0,51%)€ 10.054,40€ 20,40 (4.000 * 0,51%)€ 31,30

4ème indexation (0,67 % en janvier 2027) soit 2,54 % au total (dont 0,13 % en saut d’index partiel pour atteindre les 2 % de saut d’index partiel en 2026)

Indexation normaleSaut d'index partiel
Salaire brut/temps pleinIndexation normaleSalaire brutSaut d'index partielVerlies voor werknemer/maand
€ 5.094,08€ 34,13 (5.094,08 * 0,67%)€ 5.074,80€ 32,60 (4.000 * 0,13%) + (5.074,80 * 0,54%) € 1,53
€ 10.188,16€ 68,26 (10.188,16 * 0,67%)€ 10.074,80€ 59,60 (4.000 * 0,13%) + (10.074,80 * 0,54%)€ 8,66

Quelques constats par rapport à l’application du saut d’index partiel

  • Tout d’abord, on constate la complexité de la mise en œuvre. Selon le système d’indexation en vigueur au niveau du secteur, cela nécessitera de nombreuses manipulations par les employeurs, augmentant le risque d’erreur et rendant le contrôle par le travailleur de son salaire encore plus difficile.
  • Le saut d’index partiel entraînera une perte de revenus pour tous les travailleurs qui gagnent plus de € 4.000 bruts par mois (ou € 2.000 pour un mi-temps). Les exemples présentés concernent uniquement le premier saut d’index de 2026. Le montant de la perte peut varier selon le secteur, en fonction du système d’indexation et du moment d’indexation. Ainsi, à salaire identique, un travailleur de la CP 311 et un travailleur de la CP 202.00 ne subiront pas exactement la même perte.
  • Un second saut d’index partiel est aussi prévu en 2028. La méthode de calcul sera identiquement la même, excepté au niveau du plafond de € 4.000 bruts qui sera indexé conformément aux salaires des services publics. Concrètement, le plafond sera en 2028 très probablement de € 4.080 bruts. Les € 4.000 sont indexés sur base de l’indice pivot du secteur public. S'il y a une indexation, le montant sera de € 4.080 mais s'il y a plusieurs indexations, ce sera un autre montant.
  • Les pertes se cumulent mois après mois sur toute la carrière professionnelle du travailleur. Nous avons estimé la perte de revenus dans différents secteurs sur la période allant du 01/06/2026 au 31/12/2028 afin de couvrir la période des deux sauts d’index partiel. Voici la perte estimée pour cette période. 

Perte due au saut d'index partiel du 01/06/2026 au 31/12/2028

(Prime de fin d’année et double pécule de vacances compris)

Salaire brut à temps plein CP 200 (indexation au 1er janvier)CP 202 (pivot de 1 %)CP 311 (pivot de 2 %)CP 310 (indexation tous les 2 mois)
€ 2.000€ 0€ 0€ 0€ 0
€ 4.000€ -393,96€ -38,30€ -23,08€ -58,62
€ 5.000€ -1.054,82€ -912,91€ -887,71€ -944,39
€ 10.000€ -4.359,10€ -5.285,96€ -5.210,87€ -5.373,29
Si vous gagnez aujourd’hui € 4.500 bruts et que vous devez encore travailler 40 ans, le centenindex de l’Arizona vous coûtera plus de € 17.600. Vous voulez estimer votre perte salariale totale jusque votre pension ? La FGTB a réalisé un simulateur qui vous permet de l’estimer en fonction de votre salaire brut,.

Quelles conséquences pour les barèmes sectoriels ?

Lors des indexations en 2026 et 2028, les barèmes salariaux des secteurs et des entreprises seront adaptés en fonction du saut d’index partiel. Cela a deux conséquences :

  • Tout d’abord, cela va conduire à une baisse de la tension barémique. Appliquer une indexation forfaitaire de € 80 (plutôt qu’une indexation en pourcentage) pour les salaires au-delà de € 4.000 aura pour conséquence automatique de réduire l’écart en pourcentage entre les annales barémiques et la disparition progressive des annales barémiques en fin de carrière.  
  • Ensuite, même les travailleurs et en particulier les jeunes travailleurs qui ne sont pas concernés maintenant par le saut d’index partiel, ils seront concernés dans quelques années quand leur salaire va augmenter ! Les barèmes auront été adaptés (ancienneté). Conclusion : le saut d’index partiel touchera presque tout le monde sur l’ensemble de la carrière professionnelle, y compris la plupart des travailleurs qui ne sont pas (encore) impactés aujourd’hui par le saut d’index partiel.
La tension barémique désigne l'écart entre deux niveaux de rémunération fixés par une grille de salaires (les barèmes). Elle sert principalement à mesurer la différence de revenus entre le salaire le plus bas et le salaire le plus élevé d'un barème (ou l'écart entre deux fonctions différentes à ancienneté égale). En plafonnant l'indexation, le Gouvernement risque de modifier ces écarts de salaire, ce qui peut créer des tensions dans les barèmes négociés et remettre en question leur cohérence.

Un impact important pour le financement de la sécurité sociale 

Le gouvernement nous impose le centenindex en nous disant que cela se justifie dans une optique de réduction du déficit budgétaire. Mais, est-ce que cela va réellement rapporter à l’état ? Le gouvernement va épargner une partie de l’indexation sur les plus hautes allocations sociales (essentiellement les indemnités de maladie et les pensions). Il va également épargner sur les salaires qu’il débourse en direct : ceux de la fonction publique. Cependant, le « bénéfice » de la modération salariale imposée aux travailleurs du privé va priver l’état de cotisations et de précompte professionnel sur la partie non indexée du salaire. En contrepartie, les employeurs devront verser ce que l'on appelle une « cotisation de modération salariale ». Cela signifie qu'ils doivent reverser à la sécurité sociale une partie des économies réalisées. En théorie, cela représentera la moitié de l'avantage qu'ils tirent du centenindex. Le préjudice pour l’Etat reste important puisque la moitié de l’économie réalisée par les employeurs du privé restera dans leur poche ! Les seuls vrais perdants sont les allocataires sociaux, les travailleurs et les services publics ! En effet, le financement de la sécurité sociale repose en grande partie sur les cotisations sociales payées par les travailleurs et les employeurs sur les salaires. Le même raisonnement vaut pour le manque à gagner pour la fiscalité. Si votre salaire est moindre, votre imposition est moindre et donc les services de l’état recevront moins.

La limitation de l'indexation des salaires au-delà de € 4.000 bruts aura automatiquement des répercussions sur le financement de la sécurité sociale et entraînera, à terme, un manque à gagner considérable. 

Plus le salaire est important et plus la perte pour la sécurité sociale est importante avec le saut d’index partiel (centenindex). Les hauts revenus cotiseront beaucoup moins pour la sécurité sociale (et en plus, certains compenseront avec des avantages non assujettis à la sécurité sociale). Prétendre que le saut d’index partiel est une mesure sociale comme le fait l’Arizona est de la supercherie.
Prenons l’exemple d’un salaire brut de € 10.000. Avec le saut d’index partiel, l’économie réalisée par l’employeur s’élève à € 120. En y ajoutant, les cotisations patronales de 25 %, l’économie totale atteint les € 150. L’employeur devra donc reverser € 75 à la sécurité sociale. La perte mensuelle pour la sécurité sociale sera donc également de € 75 dans l’exemple, soit € 900 par an. Si l’on sait que la perte se cumulera durant toute la carrière professionnelle et que plus d’un travailleur sur deux sera touché par le saut d’index partiel. On comprend aisément que la perte pour la sécurité sociale sera importante. Attention, il s’agit d’un exemple global volontairement simplifié mais le calcul est beaucoup plus complexe comme expliqué ci-dessous

La détermination des cotisations de modération salariale prévues : une usine à gaz !

Un point sur lequel nous sommes d’accord avec les employeurs est que le saut d’index partiel est d’une complexité sans égal dans sa mise en application et en particulier dans la détermination de la cotisation de modération salariale. De plus, tout est encore relativement flou. Nous passons toutes explications techniques, pour vous donner un aperçu de l’usine à gaz. Pour calculer ce qui sera restitué par les employeurs à la sécurité sociale, il y a trois phases et quatre calculs différents dont deux pour les cotisations consolidées de modération salariale qui ne sont pas encore déterminés à ce jour ! Pour les chantres de la simplification administrative !

Petit aperçu dans le tableau ci-dessous.

Phase

Debut

Cotisation de moderation salariale due

Phase 1 - durant la période dur 1er saut d'index partielà partir de juin 2026une cotisation provisoire de modération salariale 1ère période à payer
Phase 1 - entre les 2 sauts d'index partiel (2026 et 2028)lorsque la 1ère modération salariale > 2% est atteinte pour tous les salairesune cotisation provisoire consolidée de modération salariale 1ère période (2ème cotisation à payer). Arrêté Royal (AR) doit encore déterminer le calcul 
Phase 2 - durant la période du 2ème saut d'index partielà partir de janvier 2028(+) une cotisation provisoire salariale 2ème période (3ème cotisation à payer) 
Phase 3 - après le second saut d'index partierl (2028 jusque ?)lorsque la 2ème modération salariale > 2% est atteinte pour tous les salairesune cotisation définitive consolidée de modération salariale (4ème cotisation à payer) - AR doit encore déterminer le calcul 

Mise en place de la cotisation de modération salariale

Le gouvernement doit encore adopter un arrêté royal afin de fixer les modalités de cette cotisation de modération salariale. Quoi qu’il en soit, la perte subie par les travailleurs est permanente. La cotisation de modération salariale doit donc l'être également. 

Les employeurs exercent toutefois une pression considérable sur le gouvernement pour ne devoir la payer que de façon limitée, voire pas du tout. 

À l'heure actuelle, on ne sait pas encore si et pour quelle durée cette perte pour la sécurité sociale sera compensée. 

Cela signifie payer deux fois : une première fois parce que vous subirez une perte de salaire et une deuxième fois parce que cette perte pour la sécurité sociale devra être compensée d’une façon ou d’une autre. Le centenindex profite aux employeurs.

Les conséquences sur l’impôt : -521 millions !

Si le saut d’index partiel conduira à des pertes importantes pour la sécurité sociale, les recettes de l’impôt sur le budget de l’état, seront aussi réduites. En Belgique, l’impôt est progressif. Plus votre salaire est élevé, plus le taux d’imposition est important avec une dernière tranche à 50 %.

Si l’on reprend l’exemple simplifié d’un salarié avec un salaire de € 10.000 bruts par mois, le 1er saut d’index partiel va le priver de € 120 bruts chaque mois. L’impôt qui ne sera pas prélevé chaque mois sera de € 52/mois (€ 120 -13,07 % de cotisations sociales * 50 %)*. Dans son rapport du 19 mai 2026, le Conseil Central de l’Economie estime le manque de recettes d’impôts pour l’état à € 521 millions !

Invoquer la seule raison budgétaire et tabler sur des effets retours hypothétiques pour justifier un saut d’index partiel est faux. Le saut d’index partiel va au contraire diminuer les recettes de sécurité sociales ainsi que les recettes d’impôts. La seule raison du saut d’index partiel est idéologique. 

Comment arriver à €52/mois dans ce cas-ci ? On prend la perte de €120€ bruts, diminué des 13,07% de cotisations sociales (tous les salaires contribuent à ce même pourcentage). Ce résultat est multiplié par 50% qui est la dernière tranche du taux d’imposition sur les revenus professionnels.

Respecter la concertation sociale

L'indexation des salaires est le fruit de négociations entre les partenaires sociaux. En imposant le centenindex, le gouvernement intervient unilatéralement dans une matière qui relève de la concertation sociale.

Plus préoccupant encore, une alternative équilibrée avait été négociée par les partenaires sociaux (Groupe des 10). Plutôt que de respecter cet accord, le gouvernement a choisi de passer en force.

Pour le SETCa, cette manière de procéder fragilise un pilier essentiel de notre modèle social. Si le gouvernement peut demain modifier seul des accords négociés, c'est toute la crédibilité de la concertation sociale qui est remise en cause.

Conclusion : défendre l'index, défendre notre modèle social

Le centenindex est présenté comme une mesure budgétaire. En réalité, il s'agit d'un choix politique qui affaiblit progressivement un mécanisme essentiel de notre modèle social.
L'indexation automatique n'est pas un privilège. Elle protège le pouvoir d'achat des travailleurs et des allocataires face à l'augmentation du coût de la vie. Elle garantit également le financement de notre sécurité sociale, de nos pensions, de nos soins de santé et de nos services publics.

Avec ce saut d'index partiel, les travailleurs concernés perdront durablement de l’argent, les pertes se cumuleront tout au long de leur carrière et les recettes de la sécurité sociale diminueront. À terme, c'est l'ensemble de notre modèle de solidarité qui sera fragilisé.

Au-delà du contenu de la mesure, c'est aussi la méthode qui pose problème. L'indexation relève de la concertation sociale et des conventions collectives négociées entre partenaires sociaux. En décidant seul de modifier ces règles, le gouvernement contourne une nouvelle fois le dialogue social.

Pour le SETCa, il existe une autre voie : respecter la concertation sociale, préserver l'indexation automatique et garantir un financement durable de notre sécurité sociale. Défendre l'index, c’est défendre un système qui protège l'ensemble des travailleurs et des citoyens.